Signataire du manifeste des « Lucides », on ne peut certainement pas taxer Joseph Facal de gauchiste. Or, il reconnaît justement le rôle historique positif des syndicats dans le développement social et leur pertinence actuelle.
« Année après année, je reste étonné de la profondeur des préjugés de mes étudiants à l'endroit des syndicats. Évidemment, ils n'ont jamais, pour la plupart, été durablement exploités et viennent en général de milieux privilégiés. À tort, ils voient les syndicats comme des dinosaures d'une autre époque, sans doute utiles jadis, mais irrémédiablement dépassés. Il faut ramer très fort pour les convaincre du contraire. Ils ne réalisent pas que des choses qui vont de soi pour eux n'auraient pas vu le jour sans les luttes syndicales: des salaires décents, des congés, des fonds de pension, la protection contre les accidents. »
Quant à la pertinence actuelle des organisations syndicale, il est utile de rappeler que le rôle fondamental et toujours actuel du mouvement syndical est de fournir un contrepoids au pouvoir du monde patronal. Ce rôle, il le partage avec le pouvoir judiciaire qui rend opérantes les lois du travail. Lois qui, il faut bien le dire, sont également fréquemment le résultat des revendications du mouvement syndical. Ces deux garde-fous demeurent absolument nécessaires. Cet article : Jacynthe Tremblay; « Quand vos conditions de travail régressent… », La Presse, 26 février 2007, cahier affaire p. 1 et 4 illustre parfaitement la chose dans le cas des travailleurs atypiques qui, justement, échappent à la syndicalisation et à la juridiction des lois du travail.
« Il y a quelques années, un camionneur à l'emploi d'une agence de placement a eu un accident à 400 km de sa résidence.

L'agence est venue chercher le camion, mais elle a nié sa responsabilité de ramener le camionneur à la maison. C'est sa conjointe qui a dû venir le chercher. Me Katherine Lippel, professeure de droit du travail et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en droit de la santé et sécurité du travail de l'Université d'Ottawa, a recueilli cette histoire dans le cadre de ses recherches sur la protection des travailleurs «dits» atypiques. «Plusieurs travailleurs qui ne correspondent pas à la définition traditionnelle de salariés rencontrent des problèmes similaires à ceux vécus par les ouvriers au début du XXe siècle. »
Bref, les salariés ne peuvent se fier à l’autodiscipline des employeurs, quand bien même ils accepteraient cette forme un brin débilitante de soumission.

Pour en revenir à la chronique de M. Facal, bien sûr, ce dernier ne manque pas de signaler certaines difficultés qu’éprouve le monde syndical à s’ajuster à la conjoncture actuelle, notamment celle de la compétitivité accrue qui découle de la mondialisation des activités économiques.

M. Facal conclura justement dans les termes suivants : « Au fond, la question cruciale est la suivante: un syndicat défend-il mieux ses membres en s'impliquant davantage dans la gestion de l'entreprise ou en préservant sa capacité de mobilisation et son rapport de force? Ce dilemme n'est pas nouveau, mais il ne s'est jamais posé aussi brutalement qu'aujourd'hui. »

M. Facal, à mon avis, pose mal le problème, le maintient du rapport de force n’est pas une option pour le mouvement syndical, c’est une nécessité structurelle. La seule question est de savoir si le monde syndical veut s’en tenir à cette seule posture ou s’il envisage également de collaborer. J’ai toujours préconisé, en principe, un syndicalisme de coopération ou de participation à la gestion de l’entreprise pour reprendre les mots de M. Facal. Mais je n’ai jamais pensé un seul instant qu’il fallait pour autant négliger de maintenir le rapport de force et la capacité de mobilisation. Car sans rapport de force sans capacité de mobilisation, un syndicat risque fort de se retrouver sans invitation à participer à la gestion pour faire valoir l’intérêt de ses membres et sans influence politique.