Commençons par jeter un coup d’œil aux données statistiques utilisées par de M. Pineault. Dans un encadré joint à l’article, on trouve que pour le réseau public les effectifs sont passés de 981 048 élèves à 927 853 pour la période de 2002-2003 à 2006-2007. Il s’agit donc d’une perte d’effectifs de 53 195 élèves. Dans le même encadré, on trouve que pour le réseau de l’enseignement privé, et pour la même période, l’effectif scolaire est passé de 111 579 à 122 162 élèves, soit une augmentation de 10 583 élèves. En supposant, pour les besoins de la cause, que le réseau de l’enseignement privé n’aurait fait aucun gain d’effectif pendant cette période et que la totalité des 10 583 élèves étaient restés dans le réseau public, ce dernier aurait tout de même accusé une perte d’effectif de 42 612 élèves. Comment M. Pineault explique-t-il cette baisse d’effectif une fois que l’effet privé est neutralisé?

Rappelons qu’il s’agit de 80,1% des pertes d’effectifs du réseau public et que cette perte est attribuable à la baisse démographique. Voilà pourquoi c’est ce dernier facteur qui est la principale cause des pertes d’effectifs dans les écoles publiques.

Par ailleurs, j’ai constitué récemment un tableau des effectifs scolaire du Québec ventilé par ordres d’enseignement et par réseaux pour la période 1999-2000 à 2005-2006 à partir des données statistiques du MELS. Ce tableau indique que la totalité des baisses d’effectifs du secteur public (81 760) se situe au préscolaire et au primaire. Pendant la même période le préscolaire et le primaire du réseau privé augmentaient ses effectifs de… 4 143 élèves. Selon ces données, le réseau de l’enseignement privé ne serait responsable que de 5 % des baisses d’effectifs scolaires. Le creux démographique serait quant à lui responsable des 95% restant.

Toujours pour la période 1999-2000 à 2005-2006, le secondaire a vu ses effectifs croître de 32 107 élèves passant de 456 148 à 488 255. De ces 32 107 élèves de plus, 18 306 se retrouvent au secteur public et 13 919 sont au secteur privé. Il n’y a pas de baisse d’effectif scolaire au secondaire pour cette période, il y a croissance.

Les données précédentes permettent certainement de dire que le réseau de l’enseignement privé a vu sa popularité grandir au cours de la période donnée. Toutefois, affirmer que « Les effectifs des écoles publiques fondent au profit du privé » comme le prétend le sous-titre de l’article de M. Pineaut et comme le laisse entendre l’ensemble de l’article est une pure fumisterie. C’est le creux démographique qui est la variable lourde ici pour rendre compte de la baisse des effectifs scolaires dans le réseau public, et non pas un mythique exode des élèves du réseau public vers le réseau privé.

Ah oui! Juste pour le plaisir :
« Tout d'abord, il est juste d'affirmer que l'effectif du réseau privé a connu une augmentation importante au cours des vingt dernières années. Au secondaire, la proportion des élèves qui fréquentent le privé a plus que doublé durant cette période, passant de 8 p. 100 en 1973-1974 à 17,2 p. 100 en 1993-1994. »
Les États généraux sur l’éducation. Exposé de la situation :

Pour 2005-2006, soit 12 ans plus tard, au secondaire, le réseau de l’enseignement privé compte 17,7 % des effectifs scolaires, un gain de 0,5 %.

Sur ce, je retourne à mes vacances.