Je suis enseignant et militant syndical. Je suis donc habitué à me faire peler la peau du dos sur la place publique. Aussi, au-delà des vexations, des blessures à l’amour propre, des blessures tout court et de la colère, parfois, il faut bien le dire, je suis toujours resté convaincu de l’insuffisance du concept de résistance au changement comme seule réponse ou même principale réponse explicative aux déboires de l’implantation de la Réforme de l’éducation comme de ceux de l’implantation des TIC. Je suis toujours resté convaincu de son inaptitude à fournir des pistes de solutions pour une implantation réussie des changements souhaitables.

Chez nous, on va à la bibliothèque municipale comme on va à l’épicerie. On fait nos réserves pour la semaine. On revient à la maison avec une bonne douzaine de livres, question d’être certain de ne manquer de rien. Cette semaine, en me promenant dans les rayons, je tombe sur un livre d’une professeure agrégée des HEC…
Céline Bareil ; Gérer le volet humain du changement, Montréal, Québec, Les Éditions Transcontinental et Les Éditions de la fondation pour l’entrepreneurship, collection Entreprendre, 2004, 213 pages.
Tien, je vais peut-être y trouver des idées intéressantes, une grille d’analyse éclairante… Je feuillette quelques pages, je trouve, au chapitre trois, une section sur la résistance au changement. Bingo ! Je le prends.

Une lecture féconde. L’auteur aborde la question des changements dans les organisations du point de vu du destinataire, c’est-à-dire de celui ou ceux à qui on demande de changer ou qui sont directement ou indirectement visés par le changement.

Pourquoi faudrait-il se préoccuper d’une gestion efficace du changement ?

« Les données empiriques sur le taux de réussite et d’échec des changements planifiés indiquent à quel point ils sont difficiles à réaliser. Le taux d’échec varie entre 20% et 80%, selon le type de changement [...] Il varie de 50% à 75% pour l’ensemble des nouvelles technologies… » p. 27

Voici quelques autres extraits inspirants.

« Le travail constitue pour eux (les individus) un milieu d’apprentissage, de développement et d’accomplissement. En période de changement, le destinataire mérite d’être valorisé, géré avec respect et reconnu à sa juste valeur » p. 20

« … dorénavant, les travailleurs exigent d’être informés et d’être traités en personnes responsables » p. 24

« Je suis exaspérée par l’attitude de certains managers qui, tout comme Éric, ne prennent pas le temps d’écouter leur employé ( ou groupe d’employés) avant de sauter à la conclusion hâtive qu’il « résiste au changement » » p. 60 :o)

«Dans cet exemple, Éric fait ce qui est appelé en psychologie l’erreur fondamentale d’attribution. Il accorde plus d’importance à des causes internes liées à la personne – Lyne (en l’occurrence, Lyne est un cadre intermédiaire dans l’exemple) – qu’à des causes externes liées au changement lui-même, à sa légitimité ou à la piètre qualité de sa mise en œuvre » p. 61 :o)))

« Qu’est-ce que la résistance au changement ? Je pose cette question, car je suis fort ennuyée par tout ce qui est considéré comme des manifestations de résistance. Dans la pratique, dès qu’un destinataire semble dire ou faire quelque chose qui ne va pas dans le sens de ce qui est attendu, on lui accole l’étiquette de « résistant au changement » . [...] Ce genre de propos m’exacerbe parce qu’on ne peut plus distinguer ce qui est de la résistance et ce qui n’en est pas. » p. 65

« Au moins huit catégories de cause possible de la résistance peuvent être analysées. 1- Causes individuelles [...] 2- Causes collectives [...] culturelles [...] politique [...] qualité de la mise en œuvre [...] changement lui-même [...] nombre de changement et leur fréquence [...] 8- Causes organisationnelles. » p. 62

Évidemment, la résistance au changement n’est pas niée. Mais le phénomène est traité dans un cadre d’analyse respectueux des personnes et donne, qui plus est, des idées d’interventions diversifiées. Tout cela dans le cadre plus large d’une gestion efficace du volet humain du changement et qui adopte une perspective résolument humaniste.